REVES DE RENCONTRES
Je suis timide. Je rêve de rencontrer une femme dans un congrès scientifique. Une salle immense, deux mille personnes. Un petit calcul statistique. Au moins 1000 femmes. Elles ont entre 25 et 55 ans. Un bon tiers entre 25 et 35 ans. Ca fait presque 330 femmes, 1/3 de blondes, 1/3 de rousses et 1/3 de brunes. Une bonne centaine de chaque. Pas possible qu’elles soient toutes trop rondes, trop moches, coinçées, ou déjà prises. Il y en aura forcément une de libre. Pas moyen de rentrer seul dans la chambre ce soir. J’attends la sortie, je fais mon choix et je fonce. J’aborde la fille, je lui parle un peu de la conférence, je lui demande où elle dine ce soir, je lui propose un petit resto exotique, et voilà la soirée de rêve qui s’annonce, la nuit de calins. Le plan est en béton armé précontraint. Aucun risque qu’il s’écroule.
La fille est là, au deuxième rang à gauche. Les épaules nues, le cou dégagé. Tenue élégante. Elle se soigne. J’ai déjà envie de l’embrasser dans le cou. Les bonnes proportions en haut, en bas au milieu. Ca promet. Je m’emballe ! Je respire, cool, ca va aller.
La conférence se termine. Tout le monde se lève. C’est le moment. Je me lève.
Qu’est ce qui m’arrive ? J’ai la tête qui tourne. Il faut y aller. Merde, mon cahier tombe par terre. Je le ramasse, je lève la tête. Ouf elle est encore là. Elle va vers la sortie. Je ne la vois plus.
Je tremble. La rage me prend. Je bouscule quelques personnes. J’arrive à la sortie. Je balaye du regard. Comment faire pour la retrouver ? L’angoisse. A travers portes dégueule un flot continu. Je commence à faire le tour des groupes pour essayer de la repérer.
Je remets la machine à calculer en marche. 2000 congressistes, 1000 femmes, 100 blondes, 100 brunes et 100 rousses de 25 à 35 ans. Pourquoi je m’accroche à une seule ?
Je me remets à explorer. Toutes ces femmes. Aucune autre ne m’attire. Pourtant elles ont toutes des fesses, une poitrine, une bouche, 1000 paires de fesses, 1000 poitrines…
Soudain la voilà. Mon cœur bat. Je vais la rattraper. Et merde, quelqu’un s’approche d’elle et lui parle. Ils ont l’air de parler science, il n’a pas l’air d’un dragueur. Je n’ai pas envie de parler science. J’ai envie de passer la soirée avec elle, et plus si affinités. J’attends qu’ils aient fini et je fonce. Ca ne va pas durer. J’ai encore ma chance. Dès qu’ils se séparent, je fonce. . .
Le timide agit seul dans un endroit dégagé. Il ne se confronte pas à un concurrent. Trop de risque de passer pour un nul ou de donner ses bonnes idées au concurrent.
Je ne vais pas rester ici à attendre comme un con, ça ne fait pas naturel. Je vais prendre l’air naturel, l’air de rien, je vais m’approcher d’un groupe, engager la conversation. Je la surveille du coin de l’oeil. J’en ai marre d’être debout, j’aimerais être au lit, la caresser.
Ca y est le moment attendu est arrivé, le mec s’éloigne, et elle va vers l’arrêt du bus. J’y vais. J’attaque. Le terrain est dégagé. Je respire. Le rythme cardiaque s’accélère. Elle s’arrête. Elle se tourne. Je m’approche. Je vais préparer mon plus joli sourire. Qu’est ce qui m’arrive? Je me mets à trembler, je vois du blanc.
Je suis près d’elle, c’est le moment de parler.
Tout se brouille dans ma tête. Je suis à deux pas. Elle ne m’a pas vu approcher.
Comment je vais l’aborder. Bonsoir mademoiselle ? Non. Hello, my name is Bond. Non. Tout s’accélère dans ma tête. Je n’arrive pas à trouver la bonne phrase. Tout se mélange. Voulez vous diner avec moi. Non. Je commence à paniquer. Le grand trou noir à l’intérieur, le vide intersidéral. Trop tard pour faire marche arrière, je vais avoir l’air de quoi ?
Elle tourne la tête vers moi. Et là rien du tout. La grève générale, la panne électrique totale. Le mot « bonsoir » s’arrête au fond de la gorge. Elle me regarde un instant, l’air ailleurs. Je suis figé, je reçois le coup de canon à congeler.
Elle tourne la tête. Ca y est c’est fini. Je n’existe plus. Elle ne me voit pas. Je disparais. Je suis un vulgaire inconnu.
Je n’ai rien pour attirer une femme pareille. Pas de costume sur mesure, pas de grosse montre, pas de souliers vernis, pas de coiffure moderne. Je disparais dans le paysage.
J’ai besoin de retrouver mes esprits. Je fais deux pas pour m’écarter. Je vais faire semblant de regarder les horaires du bus.
Comment ca se fait qu’elle me fasse cet effet là? Elle me possède entièrement, corps et âme. Je ne suis rien pour elle, rien, un passant comme les autres. La tristesse m’envahit. J’ai envie de pleurer. Et je reste là comme un con. Je ne peux plus bouger. Je suis abattu.
La catastrophe atomique. Je vais me retrouver seul dans ma chambre le soir. J’ai le choix, bosser ou picoler.
samedi 1 mai 2010
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Super idée que ce blog..!
RépondreSupprimerEt si timidité et honte n'étaient que 2 mesures de la grande musique qu'est le désir, source de ratages comme de réussites puisqu'on va de l'avant toujours avec ce moteur, quoi qu'il en coute parfois..? Désir de liens surtout. Ce texte me montre combien on se met là pression pour "etre à la hauteur", ce qui ajoute des couches de honte souvent. Pourquoi ne pas oser dire sa honte, sa timidité à cette femme en l'abordant ? Il est souvent plus ridicule de se cacher derrière un masque d'assurance. Je suis une femme et cette sincérité me touche venant d'un homme. Preuve de courage et de confiance en l'autre. Dialogue entre 2 humanités vulnérables.. Ce peut être une approche naturelle, sans risquer de se trahir ou de ne pas être à la hauteur. Une idée comme ça.
Tes statistiques me donnent l'image d'un acheteur devant l'étal au marché primeur. Où est la plus belle tomate pour moi ? Juste en face de celui qui rougit le plus peut-être.. Et surtout comment la saisir ..? Lui dire qu'elle est si particulièrement belle entre toutes..? Salut à ta si humaine timidité. "Qui ose vit", c'est moi qui le dit mais je ne dois pas être la première.. A part sur ce blog ;-
sd